Depuis ma tendre enfance, est née ma folle passion pour la guitare : un amour débordant dont le souffle, à la fois doux et ardent, m’a fait partir, tôt, à la recherche des mélodies dont la source est le cœur, chants qui bercent mais qui secouent aussi. Qui bercent au rythme de la mer calme, qui secouent au rythme des tempêtes.

Mes coups d’essai de guitariste, timides mais sûrs, furent vite voués à l’abandon : la kapok classique – non polyvalente, aux cordes plastiques, acquise au prix de la modique somme de 50 Eu – me rendait un son qui manquait de résonance, un son que mes oreilles fines n’ont pas aimé. J’ai réfléchi, j’ai médité puis j’ai réagi, et le résultat fut bon : les cordes électriques venues se substituer aux autres ont tout transformé. Agréable surprise !

Mais un jeune guitariste qui a de l’ambition ne s’arrête pas. Il avance, il continue, il va plus loin, il crée, de plus en plus et de mieux en mieux. C’est le son ultime qu’il ambitionne : plus le temps passait plus mon aspiration à obtenir le son idéal s’intensifiait, jusqu’au jour où la guitare Ibanez fit irruption dans mon univers. Elle me trouva en pleine période de rébellion, en quête d’un son “heavy” mais sans âme. Elle calma mes élans, atténua momentanément mes ambitions.

En sortant peu à peu de la phase du “ heavy sans émotions”, je me suis lancé fougueusement dans la variété instrumentale, passant d’une guitare à l’autre : esp kh serie, washburn stealth, schecter s serie, samick, jackson rr, bc rich...

Et c’est avec ma première prs cu22, acquise à un prix de valeur que j’ai commencé à “déguster” la beauté et la finesse du “ solid body”, le “bolt on neck” étant déjà d’un temps révolu.

Toutefois, la tentation d’atteindre le son idéal était toujours là, et ma quête continuait inlassablement. Je ne savais pas encore que c’est la Gibson les Paul Standard (1968) qui pouvait me l’offrir. Et elle seule.

En y touchant, un dimanche où j’étais tout à moi-même, je découvris à ma grande joie, que la merveilleuse mélodie que je cherchais était dans ses cordes magiques. Et avec le fameux son “Surfing on clouds » je me suis laissé voler jusqu’aux nuages ; et en surfant au-dessus des nues, j’ai compris que ce son chaleureux naissait de l’équilibre harmonieux entre la légèreté du poids, la haute fréquence des potentiomètres et le gain substantiel des micros, atouts à mes yeux, désormais, imbattables. Et La Gibson devint alors ma préférée : après la première “ Les Paul Standard 68”, vint, un an après, sa jumelle, “La sg Standard”, aussi belle et aussi magnifique que sa sœur. Elle me tiendra compagnie pendant deux bonnes années, avant de me confier avec délicatesse à sa cousine, prénommée “Les Paul Custom”. Ainsi la famille – telle était ma collection – s’élargissait autour de moi, affectueusement, d’une année à l’autre.

« La Gibson a une rivale », me confie un jour un de mes amis. Il visait La Fender qui, d’après lui, était plus polyvalente. Cela pouvait être vrai comme cela pouvait être faux : je n’ai pas eu l’occasion de l’essayer auparavant. Pour un artiste en musique rien ne vaut l’exécution : les doigts et les oreilles doivent vérifier, mesurer, évaluer. Et j’ai joué avec La Fender de mon ami.

Le son des “single coils” qui s’en dégageait était sec, sa froideur frôlait la platitude. Connectant Ma Gibson sg Standard à mon Marchal gcm et sollicitant l’écoute attentive de mon ami, je me suis mis à jouer un air quelconque, mais vite devenu un délice aux oreilles du défenseur de La Fender : il ne cessait d’apprécier la qualité du son et de ses mouvements et se déversa enfin en louanges. Ce fut pour lui le coup de foudre. Depuis, La Gibson fut sa compagne.

Deux mois après cette démonstration convaincante, mon ami s’est offert une Gibson Les Paul Standard qui lui tint compagnie pendant six bonnes années. Le jour où il a été contraint de la vendre – à cause de sérieuses difficultés financières – Il lui a été pénible de s’en détacher. Quoique son prix de vente ait dépassé son prix d’achat (2100 Eu), cela ne l’a pas consolé. Pour pallier à son manque et apaiser son chagrin, il a juré d’en acheter une autre dès que possible. La confidence qu’il m’a faite : « Je la reprends pour l’amour que j’ai désormais pour elle et pour cette caractéristique quasiment unique par laquelle elle se distingue : ne jamais se déprécier, ne jamais voir son prix baisser. »

Parole de professionnel, de connaisseur, de témoin : La Gibson est imbattable !

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